Qu’est-ce qui unit Colombie, Panama, Venezuela et Equateur?

Les frontières… certes. Mais, peut-être l’avez-vous remarqué, il y a plus que de simples relations de voisinage entre la Colombie, le Panama, le Venezuela et l’Equateur. En effet, ces pays partagent une histoire riche et mouvementée, faite d’alliances et de guerres, de fraternité et de zizanie.

Avant tout une histoire commune

Au 16ème siècle, deux puissances européennes se lancent à l’assaut du nouveau continent : le Portugal, au Brésil, et surtout l’Espagne en Amérique centrale et du Sud. En 1525, la première colonie espagnole permanente est à Santa Marta sur la côte des Caraïbes.

De l’autre côté de l’océan, au Pérou, les Incas sont vaincus et leur territoire conquis à partir de 1530. Le roi d’Espagne Charles Quint regroupe alors l’ensemble de ces territoires d’Amérique du Sud sous l’autorité de la vice-royauté du Pérou, en poste à Lima.

La carte de la ” Grande Colombie” bâtie sur la dépouille de la Vice-royauté de Nouvelle-Grenade

Les moyens de communication sont cependant très lents, il y a peu de routes et le terrain montagneux est très difficile à contrôler pour l’Espagne. Il est donc décidé progressivement de diviser l’autorité administrative du Pérou d’abord en plusieurs capitaineries générales, dont une regroupant les juridictions de Panama, Bogotá et Quito, puis de créer une entière Vice-Royauté différente en 1717 sous le nom de Vice-Royauté de Nouvelle-Grenade, répondant directement au roi d’Espagne. A partir de cette date, la nouvelle division administrative fait cohabiter les habitants de l’actuelle Colombie avec ceux du Venezuela, de l’Equateur et de Panama.

Simon Bolivar est la référence politique majeure de la décolonisation sud-américaine

Il faudra 10 ans aux indépendantistes, menés par le très célèbre Simón Bolívar, pour libérer la vice-royauté de Nouvelle-Grenade. Commencée depuis la province du Venezuela, et après la grande bataille de Boyacá, Simón Bolívar met en œuvre son plan grandiose : réunir au sein d’un même Etat indépendant les provinces de Colombie, du Venezuela, d’Equateur et de Panama.

Dans une lettre pétrie des idéaux des Lumières connue sous le nom de « Lettre de Jamaïque », Bolívar expose sa volonté de libération nationale et d’unification de la « Grande Colombie ». Il aurait dit de son projet de Grande Colombie que « la Venezuela est la caserne, l’Equateur le couvent, et la Colombie l’Université » (le Panama pouvait se brosser… ou plutôt, était à part entière une province de Colombie).

Cette idée grandiose était une utopie et le territoire était bien trop grand pour former un seul ensemble administratif cohérent : 3 millions de km2, soit 6 fois la France, presqu’autant que toute l’Union européenne.

Avec le temps, la superbe des espagnols s’était abîmée. La royauté manquait d’argent et d’idées pour se renouveler. Et lorsque Napoléon Ier dépose le roi d’Espagne en 1808, des troubles sérieux éclatent dans toute l’Amérique du sud.

Les raisons des séparations sont politiques pour la plupart (jeux de pouvoir entre réseaux économiques et militaires de chaque région) et non pas culturelles, et n’ont pas donné lieu à des effusions de sang. Même, dans le cas du Panama, c’est l’intervention des puissances occidentales (Etats-Unis en tête) lors de la construction du canal de Panama qui a mené à la séparation de la province de Panama du reste de la Colombie en 1903.

Cependant, si la Grande Colombie n’a pas survécu à la mort de Bolivar, elle garde encore un rôle majeur dans l’imaginaire historique des descendants de ses habitants et est un héritage commun fort que portent panaméens, équatoriens, vénézuéliens et colombiens.

La cuisine, nerf de la guerre

Aujourd’hui, les différences culturelles entre colombiens, vénézuéliens, équatoriens et panaméens sont très ténues.

Physiquement, il est très difficile de différencier les uns des autres, même si on dit qu’en général, les équatoriens seraient plus petits que leurs anciens compatriotes, ce qu’atteste d’ailleurs les statistiques sur la taille moyenne[1].

L’essentiel des populations reste un métissage entre immigrants européens et peuples autochtones précolombiens. On peut néanmoins noter que l’Equateur est génétiquement plus proche des peuples précolombiens, ayant subi beaucoup moins d’immigration que ses voisins, où de fortes communautés européennes s’étaient implantées au cours des deux derniers siècles.

Deux plats très proches à base de maïs et de viande : l’hallaquita vénézuélienne à gauche et le bollo colombien et panaméen à droite.

Les accents espagnols sont très similaires et il est très difficile de tracer une différence nette entre ces pays. Les régions montagneuses ou plus rurales possèdent souvent quelques prononciations différentes, et quelques mots différents. Ici encore, les frontières officielles ne sont pas encore les frontières culturelles. Les accents le long de la côte des Caraïbes ne s’arrêtent pas au poste de douane et sont beaucoup plus proches entre eux qu’ils ne le sont des accents des terres. Les expressions peuvent différer, mais pas plus qu’en France, entre régions.

Pour finir le tour de la culture, la similarité des cuisines locale est frappante. On trouve probablement plus de variété à l’intérieur de la France qu’entre ces trois pays, c’est dire à quel point la similarité culturelle est forte. Vous trouverez de l’arepa partout, et l’essentiel des plats reste le même, avec des variantes locales différentes. Par exemple, le bollo colombien et panaméen est préparé de manière quelque peu différente au Venezuela sous le nom de hallaquita. Le hallaca que vous mangerez dans un restaurant à Caracas ou à Quito possède une variante colombienne bien connue, le tamal.

Enfin, nous savons tous à quel point notre environnement de vie influence notre comportement. Et s’il est une chose qui unit ces pays, encore plus que la langue, l’Histoire ou le goût pour la musique, c’est la nature enchanteresse qui s’y trouve, et qui naturellement donne à tous une joie de vivre si unique.


[1] www.averageheight.co

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