Pourquoi les colombiens ont-ils tant recours à la chirurgie esthétique ?

A l’étranger, on entend souvent que les femmes colombiennes correspondent à un idéal de beauté. Mais ont-elles un secret ? Dépensent-elles plus en shopping ? Boivent-elles un élixir de beauté concocté dans les Andes ? Presque ! Pour un nombre de plus en plus en croissant, le secret est tout simplement de passer sur le billard avec la chirurgie esthétique.

C’est simple, en 2017, la Colombie est le 7ème pays du monde à avoir le plus eu recours à la chirurgie plastique[1], le 5ème si on rapporte le nombre de chirurgies au nombre d’habitants[2]. Pourquoi de si grands chiffres ? Comment des parents en arrivent-ils à offrir de la chirurgie esthétique à leurs enfants adolescents, comme on peut le voir dans un entourage colombien ?

Ce qu’il faut entendre par chirurgie esthétique en Colombie ?

Parmi les opérations chirurgicales, l’ISAPS divise le tout entre visage, poitrine et corps et extrémités. Alors que les opérations non-chirurgicales incluent les injections, le rajeunissement du visage ainsi que d’autres opérations moins populaires en nombre.

Sémantiquement, on divise les chirurgies esthétiques entre opérations chirurgicales et opérations non chirurgicales.

Selon le rapport de l’International Society of Aesthetic Plastic Surgery, la Colombie occupait, en 2017, la 7ème position en termes de nombre de chirurgies esthétiques, avec plus de 1000 chirurgiens esthétiques dans le pays, chiffre légèrement supérieur à celui de la France, pourtant bien plus peuplée et au niveau de vie plus élevé.

Mais la Colombie possède ses goûts nationaux. Elle plébiscite ainsi les « opérations sur le corps », autrement dit, la liposuccion, l’abdominoplastie et surtout la chirurgie des fesses, dans laquelle le pays est reconnu comme spécialiste mondial.

Aujourd’hui, la ville de Cali est qualifiée de Mecque de la chirurgie esthétique en Amérique du Sud par les médias latino-américains, la plaçant notamment devant Rio de Janeiro.

La chirurgie esthétique en Colombie est devenue un véritable phénomène de société. Même les professionnels du secteur en concèdent des dérives. Lina Triana, Présidente de la société colombienne de chirurgie esthétique, déclare ainsi au sujet des mineurs que « pour eux, il ne faut faire de chirurgie esthétique que si c’est strictement nécessaire. Il ne s’agit pas d’offrir à sa fille une chirurgie pour ses 15 ans. »

Le culte de l’apparence en Colombie

En Amérique du Sud en général, le culte de l’apparence est très fort. Les dépenses des latino-américains en matière de cosmétiques et produits de beauté sont très largement supérieures aux dépenses des habitants des autres pays émergents. Alors qu’une brésilienne dépense en moyenne 148$, les russes ou les thaïlandaises dépensent moitié moins, les chinoises 75% moins et les indiennes environ 1% de ce que dépensent leurs homologues brésiliennes[3] !

Plusieurs hypothèses peuvent être avancées pour expliquer le culte de l’apparence qui pousse les femmes (mais aussi 15% d’hommes) sud-américaines à passer tant de temps sous le bistouri.

Naturellement, il y a la question de la culture. Si vous avez passé du temps en Amérique du Sud, vous savez que l’image selon laquelle les sud-américains vouent un culte au corps n’est pas qu’un cliché. Mais pourquoi ?

Aussi bête que cela puisse paraître, le climat joue indéniablement un rôle. Le soleil qui tape tous les jours, la température qui pousse au dénuement partiel (essayez de passer une journée dans les rues de Carthagène en pantalon ou en manches longues) participent à créer une culture dans laquelle le corps est visible, présent. Cette présence du corps dans l’environnement colombien au quotidien pousse à la compétition, dans les rues du quartier, à la plage, partout.

Les chirurgiens plastiques rapportent que leurs patientes prennent souvent pour modèles des célébrités.

Autre marqueur : les concours de beauté sont extrêmement populaires, tant pour enfants que pour adultes. L’Amérique du Sud a remporté 23 concours de Miss Univers. La dernière en date est Miss Univers 2014 qui avait sacré Paulina Vega de Barranquilla alors que la dernière édition en date a vu Miss Venezuela encore atteindre le top 3.

De plus, la place des hommes et des femmes est encore conservatrice. Les attentes des colombiens (mais aussi des hommes occidentaux…) concernant les femmes incluent la beauté physique et cette qualité reste primordiale dans le choix des partenaires. Inversement, les femmes colombiennes savent que leur atout principal est un physique et elles recherchent en très grande majorité un homme à la situation professionnelle établie. Combien de fois croisons-nous une jeune femme très apprêtée au bras d’un homme aux signes extérieurs de richesse très marqués (incluant les kilos en trop) ?

Un idéal physique sud-américain à atteindre

L’idéal féminin sud-américain possède également ses caractéristiques propres. Le brassage génétique des colombiens, conséquence du métissage colonial, a indéniablement rendu un résultat physique unique. Les femmes colombiennes n’usurpent pas leur réputation de posséder des formes voluptueuses, la peau bronzée et des cheveux très noirs. En regardant de plus près les statistiques du nombre de chirurgies auxquelles ont recours les colombiennes, on y voit que la Colombie est surreprésentée dans les chirurgies du corps (bras, fesses, jambes, abdominaux) et sous-représentée dans les chirurgies faciales (notamment très peu d’injections, le botox y est moins populaire que dans les autres pays), signe de la grande pression sociale.

Cette explication culturelle trouve une confirmation de plus dans la statistique selon laquelle les femmes américaines d’origine latino-américaine sont les plus susceptibles d’avoir recours à la chirurgie esthétique parmi les femmes issues des minorités[4].

Une dernière explication est plus socio-économique. Si la situation s’est énormément améliorée ces dernières années, la Colombie demeure un pays dans lequel une frange de la population vit dans la pauvreté. Pour de nombreuses jeunes femmes colombiennes, épouser un homme riche est une réelle façon de se sortir de la pauvreté. Dans cette configuration, par effet de mimétisme, la contagion est inévitable : pauvres ou moins pauvres, la compétition sociale entre femmes pour être la plus belle atteint toutes les strates de la société.

Quoiqu’il en soit, le fait est que les colombiennes et bon nombre de leurs voisines sont très friandes de ces interventions et elles placent leur beauté physique au-dessus des risques et des coûts de la chirurgie esthétique. Pas étonnant quand 86% de vénézuéliens déclarent que « pour être heureux, il faut se trouver beau »[5].


[1] ISAPS Rapport de 2017 sur les procédures chirurgicales.

[2] ¿Cuáles son las operaciones de cirugía estética más comunes en cada país? La Vanguardia.

[3] Globalizing Latin American Beauty, Geoffroy Jones, Harvard Review of Latin America

[4] 2017 Plastic surgery statistics report – American society of plastic surgeons.

[5] https://www.bbc.com/mundo/economia/2010/05/100517_video_consumo_cirugia_plastica_venezuela_np.shtml

Partager l'article :
  • 160
    Partages
  • 160
    Partages

2 pensées sur “Pourquoi les colombiens ont-ils tant recours à la chirurgie esthétique ?

  • C’est vrai qu’on entend souvent que les sud-américains ont beaucoup recours à la chirurgie esthétique. Mais je crois que c’est aussi très développé en Europe de l’Est. Moi je ne suis pas contre, tant qu’on ne tombe pas dans une addiction.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *