Portrait n°9 : Sébastien Cretegny, blogueur et entrepreneur à Cali

Sébastien Cretegny, suisse d’origine, est installé en Colombie depuis 7 ans. Il est entrepreneur, mais aussi blogueur connu de la communauté des francophones de Colombie avec son site vivreencolombie.co. Entre toutes ses activités, il a pris le temps de donner une interview à El Día Francés et de partager sa riche expérience du pays.
Depuis quand es-tu installé en Colombie ? Où vis-tu aujourd’hui ? 

Je suis installé à Cali depuis 2012. Mais je connais la Colombie depuis bien plus longtemps, puisque je suis venu une première fois en 2003 et que j’y ai acheté une maison en 2010.

Quelle est la principale raison pour laquelle tu as choisi la Colombie ? 

J’ai beaucoup voyagé, sac au dos d’abord et professionnellement ensuite. De tous les pays et villes que j’ai connu, j’ai toujours eu à cœur la Colombie et plus spécialement Cali. Pour mon travail, je partais fréquemment plusieurs semaines en voyage, pour un total de plus de 6 mois par an. Pour mes vacances, j’aimais alors revenir en Colombie. J’appréciais le rythme, d’ailleurs, je dansais déjà la Salsa, je me sentais à l’aise, c’était comme une bouffée d’air frais. Je visitais mes amis, je m’en faisais d’autres, je rechargeais mes batteries. 

En fait, je trouvais que l’atmosphère était unique. Un pays avec des problèmes et des traumatismes, certes, mais une volonté d’aller de l’avant et un cœur à profiter de la vie comme je ne l’avais vu nulle part ailleurs.

En voyant l’ouverture progressive du pays, l’amélioration de la sécurité, et les prémisses du tourisme international, j’ai eu envie d’acheter une maison. Je me disais que je pourrais louer des appartements et en laisser un libre pour moi lors de mes visites. Je voulais être dans le quartier historique de San Antonio (quartier dans la ville de Cali). Mais ce que je voulais surtout, c’était pouvoir faire construire une nouvelle maison et participer à la création. J’ai donc acheté une vieille maison, ordinaire, sans valeur architecturale et quasiment en ruine pour le faire.

Quand la maison a été terminée, j’ai eu envie d’y vivre, d’y poser mes valises. Je ne voulais plus continuer avec cette vie de déplacements professionnels constants, mais je ne voulais pas non plus d’une vie bien rangée en Suisse.

Peux-tu nous présenter tes activités entrepreneuriales et salariales en Colombie ?

J’ai deux activités principales ; la location d’appartements meublés sur Airbnb et professeur de français en ligne. J’ai pris cette activité pour retomber sur mes pattes. Avant ça, je travaillais dans le secteur industriel, avec l’installation de système de protection individuelle anti-chute. Ça a été un désastre qui finira prochainement devant le tribunal. Je raconte d’ailleurs cette mésaventure dans un de mes articles.

En fait, je suis en période de transition. Comme j’ai eu l’occasion de travailler dans l’immobilier ici en Colombie, je souhaite monter une structure. D’une part, proposer la gestion de locations, comme je le fais déjà avec quelques biens immobiliers appartenant à des Suisses et Français qui vivent à l’extérieur. Et d’autre part, le développement de projets nouveaux. L’idée est bien sûr de développer les services et agrandir le rayon d’action, pas seulement à Cali.

Quelle est selon toi la clef du succès en Colombie, notamment lorsqu’on est étranger ? 

Connaître le business. Je veux dire par là qu’il faut vraiment connaître son sujet, être spécialiste en somme. Celui qui ne se sent pas capable de démarrer une entreprise en France n’aura pas plus de succès en Colombie. Bien évidemment, le budget n’est pas le même, on peut se lancer avec beaucoup moins d’argent. Mais l’époque où il suffisait d’ouvrir un hôtel ou un bar pour voir les clients arriver est terminée. La concurrence est sévère, maintenant, il faut se démarquer et faire les choses justes dès le début. C’est ainsi dans tous les secteurs. 

Les différences culturelles sont à prendre en compte, bien entendu. C’est très important de créer un réseau social. Les Colombiens ne vont pas par hasard dans un lieu inconnu, juste pour découvrir, mais ils suivent les recommandations de leurs amis. Pareil pour n’importe quelle entreprise, ils demanderont autour d’eux chez qui aller. Donc, connaître des gens qui font partie du public cible est essentiel avant de démarrer.

Savoir s’entourer est aussi important. Parler de ses projets, partager ses expériences, apprendre des Colombiens, mais aussi des autres expatriés, surtout dans le même secteur d’activités. J’ai très bien réussi dans l’immobilier, mais le reste a été plus compliqué, notamment par manque d’expérience, mais aussi pour avoir essayé « à l’aveugle ». Depuis 2 ans environ, j’ai démarré le blog VivreEnColombie.co pour partager mes connaissances. D’une certaine manière, c’est le blog que j’aurais aimé lire quand j’ai commencé. Grâce à ça, j’ai aussi pu connaître mieux la communauté francophone dans tout le pays et collaborer avec d’autres excellents blogueurs ; Doniphane de Colombianito.fr et Victor de ElFranchute.fr

Le logo du blog de Sébastien Cretegny
Etre étranger est-il bien perçu dans le monde des affaires ?

Oui et non, ca dépend vraiment du secteur. En général, les Européens sont bien perçus, nous bénéficions d’un capital-sympathie fort. Dans le tourisme, l’hôtellerie, la restauration, les arts, c’est forcément un avantage. La qualité, l’expérience, le soin du détail sont reconnus dans le monde entier. Nous sommes aussi avantagés dans tout ce qui a rapport avec l’import-export.

Dans d’autres secteurs, la position sociale et les relations personnelles priment avant tout. Un étranger peut alors devenir difficile à situer dans ce contexte. Nous n’avons pas d’amis de l’université qui travaillent dans telle ou telle entreprise pour nous ouvrir les portes. Nos parents ne fréquentent pas tel club social. Notre nom de famille n’évoque rien à personne. Les Colombiens auront toujours du plaisir à connaître un étranger, son histoire et ses raisons de s’établir dans le pays, mais pour faire du commerce, il faut d’autres garanties.

C’est un peu pareil pour un poste de travail. Les cultures du travail sont différentes, et même s’il y a du respect envers la manière franche et direct des Européens, ça peut créer des tensions. Un Européen devra montrer qu’il est bien intégré et qu’il connaît les « codes ».

Quels conseils donnerais-tu à une personne souhaitant se lancer dans l’entrepreunariat en Colombie ?

Comme dit précédemment, bien connaître son sujet et bien s’entourer. Mais aussi de tester son produit. Avant de vouloir développer une version finale parfaite, il faut tester le marché.

C’est tout à fait possible, et même conseillé, de pré-vendre un produit encore en cours de réalisation. Tout comme c’est possible de lancer une version bêta qui sera améliorée au fur et à mesure. De cette manière, on évite de faire fausse route, de perdre du temps et de l’argent dans un produit qui ne trouvera pas sa place. Si on n’arrive pas à vendre une version allégée, ça sera quasiment impossible de vendre une version complète.

Peux-tu nous raconter une bonne et une mauvaise expérience que tu as eues en Colombie ? 

En 7 ans de vie dans le pays, il y en a eu beaucoup, autant positives que négatives. Plutôt que d’en citer une de chaque, j’aimerais surtout dire l’effet « thérapeutique » qu’elles ont.

J’ai l’impression de voir l’être humain dans son essence brute. Et par là, ça m’oblige à voir aussi qui je suis. On m’a aidé, mais aussi arnaqué. J’ai connu des gens adorables et d’autres détestables. On m’a traité d’étranger tout comme de Colombien d’adoption. Il n’y a plus tellement de « zones de confort », pas non-plus de filets de sécurité. Alors ça force à se remettre en question, à savoir où on se situe, qui on est, ce qu’on veut dans la vie, quels moyens nous sommes prêts à déployer.

En fait, m’être fait arnaquer m’a montré mes lacunes et ce que je devais améliorer. Être confronté aux inégalités m’oblige à savoir à quoi j’aspire et comment je veux traiter les gens. Vivre dans un pays corrompu questionne ma morale. L’individualisme et la loyauté au clan remettent en question les relations sociales et mon comportement. La manière dont les Colombiens profitent de chaque instant me fait prendre conscience de mon propre bonheur et ce dont j’ai besoin pour être heureux.

Es-tu en contact régulier avec la communauté francophone de Colombie ? Aussi, penses-tu que l’entraide au sein de la communauté soit possible ?

Oui, assez régulièrement. Celle de Cali n’est pas bien grande, mais on se connaît bien. Le point de rencontre est à Tostaky, qui ne se trouve qu’à 3 rues de chez moi. Vincent, le patron, est d’ailleurs un ami proche.

Sinon, le contact est plutôt virtuel, beaucoup de gens me contactent sur le blog et les réseaux sociaux. On y voit justement une grande entraide sur les différents groupes Facebook. Je pense que l’entraide est possible d’autant plus qu’elle est nécessaire. On pourrait répliquer que ça ne sert à rien de quitter un pays pour s’entourer des mêmes gens, mais ce n’est pas ça. Faire partie d’une communauté ouvre des portes et n’empêche pas une bonne intégration.


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