Portrait n°4: Doniphane, alias Colombianito, professeur et blogueur à Barranquilla

Pour ce quatrième portrait, nous avons eu l’honneur d’interviewer le plus connu des blogueurs français en Colombie, Doniphane, alias Colombianito.
Bonjour Doniphane, première question pour toi : depuis quand es-tu installé en Colombie ? Où vis-tu aujourd’hui ? 

Je me suis définitivement installé dans le Nord de la Colombie en mai 2012. J’ai décidé de vivre à Barranquilla 2 ans après avoir découvert le pays au travers d’un échange universitaire. Je ne regrette absolument pas mon choix !

Quelle est la principale raison pour laquelle tu as choisi la Colombie ?

Si je devais tout avouer… je dirais que j’ai opté pour  la Colombie sur un coup de tête et aussi pour prendre le contre-pied de ce que me disaient mes camarades d’école de commerce au moment de choisir une destination pour notre échange universitaire à l’étranger. On évitera d’épiloguer sur ce sujet : la Colombie avait encore une réputation très controversée à l’époque.

Une fois les quelques boutades du style « on va coller ta photo sur la mairie de Poitiers et compter les jours de détention » ignorées,  j’ai pris l’avion pour un semestre d’études sur la Côte Caraïbe (Universidad del Norte) et approfondir mes connaissances en commerce international.

Sincèrement, je voulais surtout profiter du climat et développer mon niveau d’espagnol tout en passant un maximum de temps à la plage. Au final, j’ai découvert un pays et un peuple merveilleux et j’en suis tombé amoureux… et d’une fille aussi (ce qui a grandement favorisé mon apprentissage de l’espagnol).

Peux-tu nous présenter tes activités entrepreneuriales et salariales en Colombie ?

Aujourd’hui, j’occupe mon temps entre plusieurs activités. Je suis professeur de marketing et de commerce international dans une université de Barranquilla, j’y développe aussi les relations internationales entre la France et la Colombie et j’accompagne des entrepreneurs colombiens dans la réalisation de leurs projets pour l’un des plus grands incubateurs d’entreprises d’Amérique Latine.

J’anime aussi le blog Colombianito : ce qui n’était qu’un passe-temps est devenu l’une de mes activités principales. J’essaye, à ma manière, au travers d’articles de blog, de podcasts audios et de vidéos d’aider les expatriés et autres voyageurs à profiter au mieux de leur séjour en Colombie. Mon but est de démystifier au maximum les aprioris que véhicule la destination et d’accompagner mes abonnés  dans leurs démarches de visa, création d’entreprise, investissement ou autre. J’ai par ailleurs écrit 2 livres sur le sujet (bientôt 3).

Bref, je suis un mordu de Colombie et j’aime en parler !

Quelle est selon toi la clef du succès en Colombie, notamment lorsqu’on est français ? 

La patience, l’empathie et la prise de recul.

Tout d’abord la patience car la Colombie, et l’Amérique Latine d’une façon plus générale, avance à un rythme qui lui est propre. Certaines choses prennent du temps, voire beaucoup de temps, et un francophone n’est pas forcément capable de comprendre cette dimension culturelle de manière intuitive ou même de s’en accommoder.

L’empathie, car il est important de pouvoir comprendre, appréhender les besoins et autres problématiques de ses clients ou collaborateurs. Les colombiens pensent, vivent et organisent d’une manière qui pourrait dérouter de nombreux européens. Pour espérer percer dans un pays qui n’est pas le vôtre il est primordial de prendre le temps (on revient à la patience) d’essayer de comprendre la culture de sa terre d’accueil. Les chocs culturels sont souvent nombreux et imprévisibles. Cependant, ils sont enrichissants pour toute personne qui se donne la peine d’essayer de les comprendre et d’apprendre de ses éventuelles mésaventures.

C’est pourquoi la prise de recul est pour moi l’une des clés de la réussite en Colombie (ou ailleurs). Eviter de rejeter ses échecs et éventuelles déconvenues sur le dos de la culture du pays d’accueil. S’efforcer d’analyser les éventuels conflits et savoir en tirer les leçons pour avancer dans le bon sens plutôt que de s’enfermer dans sa bulle et nier qu’il nous reste encore beaucoup à apprendre. Les colombiens sont très ouverts au dialogue et aiment partager leur culture et traditions. Discuter avec eux et/ou des expatriés de longue date est une belle opportunité d’avancer bien plus vite !

On pourrait aussi ajouter l’ouverture d’esprit à la liste. Cependant, sans ouverture d’esprit on visite rarement la Colombie… et c’est tant mieux !

Etre français est-il bien perçu dans le monde du travail/business ? 

D’expérience, je pense que les colombiens ont une bonne perception des français et de leur culture. On notera quelques clichés inhérents à l’image que les français ont à l’étranger (hygiène, romantisme, gastronomie) qui peuvent jouer à notre faveur ou être utiles pour divertir ses nouveaux amis ou même son public lors d’une conférence ou d’un cours.

De manière générale, je crois que la Colombie est une terre d’accueil formidable et le traitement réservé aux étrangers y est souvent très chaleureux.

Les colombiens ont aussi une aisance naturelle à aller vers les autres et s’intéresser à leur culture. Etre un étranger en Colombie est souvent un plus pour se faire de nouveaux amis et/ou trouver un emploi.

Quel conseil donnerais-tu à une personne souhaitant se lancer dans l’entrepreunariat en Colombie ?

Avant d’investir ses économies (ou celles des autres) en Colombie, il faut prendre la température et découvrir au mieux le pays, ses habitants et leurs us et coutumes. Se lancer tête baissée dans l’aventure est très risqué. La Colombie est une terre d’opportunités, c’est une évidence, mais seulement pour celles et ceux qui auront la patience de comprendre les tenants et les aboutissants de certains aspects culturels du monde des affaires dans cette partie du monde. Les autres repartiront déçus et frustrés vers leur terre natale… et certainement les poches un peu moins pleines.

Il faut se faire des amis colombiens, passer un maximum de temps avec eux, s’essayer aux différents lieux et strates sociales de la ville où l’on décide de s’installer, se perdre et se risquer à découvrir des réalités que personne ne souhaite connaitre ou expérimenter pour comprendre la complexité de l’Amérique Latine. La Colombie n’est pas un pays simple à comprendre. J’aime à dire que c’est un grand pays composé de petits pays.

Faire du business à Bogotá, Cali ou Medellin est radicalement différent. Vendre une prestation de service à des habitants de la zone Nord de Barranquilla, ceux du Sud, à sa petite communauté d’expatriés ou aux touristes de passage sont des choses diamétralement opposées.

Il faut savoir mettre son excitation entrepreneuriale de côté et observer les gens, leurs habitudes et surtout leurs besoins pour pouvoir cerner le marché potentiel et éventuellement se lancer à corps perdu dans un projet de création d’entreprise.

A mon sens, un bon entrepreneur sait trouver un juste équilibre entre la prise de recul, la compréhension de son marché cible et la passion qui le fera passer de longues nuits blanches pour mener à bien son projet.

Point important : l’entrepreneuriat ne convient pas à tout le monde. Vous risquez d’y perdre quelques amis en route (surtout les fêtards).

Peux-tu nous raconter une bonne et une mauvaise expérience que tu as eues en Colombie ? 

Je pourrais en parler pendant des jours et des nuits. La plupart sont de très bonnes expériences. Les autres sont de grandes sources d’enseignement.

La Colombie a cette fâcheuse tendance à séduire et passionner les gens qui la visitent. Je suis tombé dans ce piège il y a maintenant presque une dizaine d’années. Ce n’est pas le pays en lui-même mais ses habitants qui ont ce pouvoir. Aujourd’hui, lorsque je suis en Europe j’ai plutôt tendance à rechercher la présence de colombiens que de français ou d’espagnols (je partage ma vie entre ces 3 pays).

J’ai des amis un peu partout dans le monde et je dirais même des « maisons » aux 4 coins du globe. C’est quelque chose qui me parait surprenant avec les colombiens que je rencontre, ils sont souvent prêts à héberger leurs connaissances (de longue date ou non) chez eux. Tunja, Bogotá, Barranquilla, Medellin, Paris… je me sens chez moi partout car je sais que des amis colombiens sont et seront là pour moi pour boire un verre et aussi en cas de coup dur. C’est certainement ce qui me séduit le plus chez les colombiens, cet aspect fraternel que d’autres pays ont perdu au fil des années.

Je crois, ou en tout cas j’espère, avoir réussi à absorber un peu de cette générosité et fraternité inhérente au peuple colombien. 

En ce qui concerne les mauvaises expériences, je préfère parler de chocs culturels, même si certains peuvent laisser des marques ou un goût amer.

Pour moi, le plus dur à intégrer est certainement le fait que les colombiens ont la fâcheuse tendance de dire « oui » à tout… sans forcément le penser. Cela devient vite problématique lorsque vous tentez de monter un business dans ce pays et que tous vos clients et autres alliés potentiels vous jettent des roses à tout bout de champs et qu’au final rien ne se concrétise vraiment. Avec le temps, on apprend à décoder et interpréter ces « oui » de courtoisie et faire preuve de plus d’intelligence émotionnelle.

Es-tu en contact avec la communauté des français de Colombie ? Aussi, penses-tu que l’entraide au sein de la communauté soit possible ?

Je suis de très prêt la communauté des français qui résident en Colombie. Nous sommes de plus en plus nombreux à nous y être installés et le pays fait rêver beaucoup d’aspirants à l’expatriation. Il existe un véritable noyau dur d’expatriés francophones qui essayent d’orienter et de venir en aide à celles et ceux qui ont des questions sur les problématiques de visa et de migration.

Ce qui manque aujourd’hui à notre communauté, c’est certainement un peu plus d’évènements et/ou de sorties franco-colombiennes aussi bien en France qu’en Colombie. Certains essayent de faire bouger les choses, notamment mes interviewers (El Día Francés). Des blogueurs tels que Sebastien (Vivre en Colombie) et Victor (El Franchute) font aussi un effort certain pour aider tout ce beau monde à s’installer en Colombie et bien vivre son expatriation. 

De mon côté, j’essaye un peu de lier les deux cultures/pays au travers de vidéos, interviews, articles de blog et autres publications Facebook. Cependant, je remarque que les colombiens sont bien plus enclins à faire la promotion de leur terre natale et/ou de leur pays  d’accueil que les français. Ils sont peut-être aussi plus disposés à s’entraider en cas de coup dur. On pourrait certainement y trouver des raisons culturelles mais il me faudrait répondre à une autre interview pour développer cet aspect.

Merci encore pour cette invitation, c’est toujours un plaisir de partager ma passion pour la Colombie.

¡Hasta pronto!

Doniphane

Pour consulter son Blog : colombianito.fr

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