Portrait n°1 : François Le Goadec, entrepreneur à Medellín

Premier d’une série de portraits sur ces compatriotes acteurs de la communauté française, nous vous proposons le parcours de François Le Goadec, originaire de Bretagne, résident à Medellín, entrepreneur dans le Café, et pionnier de notre communauté en Colombie.

Depuis quand êtes-vous installé en Colombie ? Où vivez-vous aujourd’hui ?

Je suis arrivé dans ce pays en 1981. J’ai vécu et travaillé à Medellín dans les années 80, puis à Bogotá au début des années 90. Une douzaine d’années en tout.

Par la suite, j’ai travaillé dans d’autres pays (Egypte, Arabie Saoudite, Indonésie, Philippines …) mais je suis régulièrement revenu en Colombie en tant que touriste. 

En 2016, et après mon passage à la retraite, ma femme et moi avons décidé de revenir en Colombie. J’habite désormais à Envigado (commune limitrophe de Medellin).

Quelle est la principale raison pour laquelle vous avez choisi la Colombie ? 

En 1981, l’entreprise Jeumont-Schneider a envoyé un groupe de Français, dont je faisais partie, installer des centraux téléphoniques en Colombie.

Je me souviens du choc culturel à mon arrivée à Medellín. Je suis tombé de haut, notamment avec l’espagnol que je pensais bien maîtriser …

Trois jours après mon arrivée à Medellín, on m’a envoyé dans le nord d’Antioquia, à Urabá. A l’époque, les guérillas étaient présentes dans cette région et de violents combats y faisaient rage. On a souvent été réveillés la nuit par des rafales de mitraillettes et il nous arrivait de nous planquer sous nos lits. Aussi, il m’est arrivé de voir des corps allongés sur le bord de la route…

Pour ma part, j’ai toujours eu de la chance. On ne faisait pas de politique, ce n’est pas notre pays, (c’est encore un principe que j’applique aujourd’hui). D’ailleurs, il m’est arrivé d’être arrêté par des FARCS alors que je conduisais. Les FARCS m’appelaient « Padre », pensant que j’étais, avec ma chemise grise, un missionnaire étranger. 

On a installé plusieurs centaines de centraux téléphoniques dans des zones parfois très éloignées de la “civilisation”. Nous vivions à Medellín, mais nous étions régulièrement envoyés deux semaines consécutives là-bas pour installer les infrastructures. Notre hiérarchie, restée en base arrière, ne savait pas du tout ce qu’il se passait, et où nous étions. A l’époque, il n’y avait pas de téléphone portable, ni même de ligne de téléphone fixe … puisque nous étions en charge de les installer.

Les conditions étaient souvent difficiles, mais on était contents d’être là (c’est toujours mieux que de prendre le métro le matin …). A 25 ans c’est plus “fun”, comme on dit maintenant.

En Colombie, j’ai aussi rencontré ma femme, avec qui je suis marié depuis 36 ans. J’aime ce pays et je m’y sens bien. La nature et les paysages en Colombie sont vraiment exceptionnels. 

Pouvez-vous présenter votre activité entrepreneuriale en Colombie ? 

Je vends du Café de qualité et des drips. 

Le Café provient de la région du Quindío, où ma femme et moi sommes occasionnellement guides dans une réserve appartenant à une amie agronome. Cette amie cultive du café qui est par la suite torréfié chez un torréfacteur qui vit près de la réserve. 

L’entrée de la réserve “El Paraiso del bambu y la guadua”

La première fois, j’ai décidé d’acheter quelques paquets de café puis de les revendre. Le produit a rencontré tellement de succès que j’ai décidé de continuer. C’est un très bon café, à un prix compétitif. Aussi, je vends ce café en circuit-court. Je dirais même que je suis le circuit-court. 

Les drips sont des petits filtres à café avec des languettes en carton permettant de placer le filtre sur la tasse. Un drip à café est pratique, économique et écologique (biodégradable, contrairement aux capsules d’une certaine marque).

Ces petits filtres, que l’on peut appeler « Coffee drips » en anglais, se révèlent très intéressants pour les petits restaurants qui ne disposent pas nécessairement d’une bonne machine à café ou même d’une simple cafetière. Les drips ont aujourd’hui du succès auprès de ces établissements et je compte bien en convaincre davantage. De plus, ils peuvent également convenir aux backpackers qui s’arrêtent dans un hostal. 

Le drip est un filtre contenant 12 grammes de Café. Une fois installé sur la tasse, il suffit d’y verser de l’eau chaude

Aujourd’hui, je suis en train de créer ma marque, qui sera lancée au deuxième trimestre, et je compte bien la développer. Je crois en mes produits et en leur réussite sur le marché colombien ainsi qu’a l’export. 

Quelle est selon vous la clef du succès en Colombie, notamment lorsqu’on est français ?

Les Français sont souvent arrogants. Ils pensent tout savoir et finissent par tomber de haut. Je dirais que la clef du succès est de rester modeste et de comprendre la culture locale (Faut-il le préciser?). En la matière, il y a tant de bêtises commises par ignorance …

Etre français est-il bien perçu dans le monde du travail/business ?

Oui, les Français sont plutôt bien perçus ici, notamment dans la cuisine, les parfums, la mode, …

Quel conseil donneriez-vous à un français souhaitant entreprendre en Colombie ?

Les Colombiens aiment, par principe, tout ce qui est nouveau. Je dirais donc qu’il faut innover, proposer quelque chose qui n’a pas encore été fait.

Pouvez-vous nous raconter une bonne et une mauvaise expérience que vous avez eues en Colombie ?

La bonne expérience, c’est d’avoir découvert ce pays. Le dépaysement y est total pour un français. Il y a toujours de nouvelles choses à découvrir en Colombie. 

Dans ce pays, je n’ai pas eu de mauvaise expérience. Très sincèrement, aucune ne me vient à l’esprit. Comme je l’ai dit, j’ai toujours eu de la chance. Je connais d’autres français qui sont tombés dans de sales histoires, moi non.

Etes-vous en contact avec la communauté des français de Colombie ? Cette communauté est-elle utile pour votre entreprise?

Oui, j’ai régulièrement des contacts avec les français de Colombie. Je connais plusieurs français (beaucoup de bretons) qui se sont installés et qui ont lancé des affaires ici. Je pense à Jean-Philippe Pommier qui possède une pâtisserie-café (Le Notre Dame) à Tibasosa dans le Boyacá, Dominique Brillant et son mari indien qui possèdent également un restaurant à Santa-Marta (Maharaja India), ou encore Edouard Catherine et son restaurant à Medellín (La Bohème).

Mes relations avec la communauté française m’ont évidemment aidé dans le lancement de mon affaire. J’ai vendu mes produits en quantité auprès des restaurants et commerces tenus par des français en Colombie. Mais je ne vends évidemment pas qu’aux français. 

Pour commander le Café de françois : cafechuapa.com – Chuapa Café305 356 31 23 / 319 744 19 37 – chuapa.cafe@gmail.com

François Le Goadec (à gauche) suit personnellement le processus de torréfaction et l’ensemble du circuit de transmission au client.
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