Le petit guide de survie de la politique colombienne

La politique en Colombie vous perd ? Ne vous en voulez pas trop, elle est particulièrement complexe, fruit d’une histoire très mouvementée. Mais ne vous en faites pas, El Día Francés est là pour vous tirer du pétrin.

Plantons tout de suite le décor : avant de voir le contenu de la politique colombienne, voyons le contenant : quel est le régime politique en Colombie ?

La Colombie est une République présidentielle. Avant de crier « à l’aide » à la lecture de cette phrase, prenez la France pour modèle, la situation est assez similaire : comme en France, il y a un Sénat et une Assemblée nationale. Comme en France, les élections présidentielles permettent d‘élire un Président qui concentre beaucoup de pouvoirs. Comme en France, donc, la personne du Président de la République est très importante.

Prépondérance puis fin du bipartisme traditionnel

Traditionnellement, il y a deux partis politiques en Colombie, sur le modèle des Etats-Unis. Un parti conservateur et un parti libéral forment, à eux deux, le bipartisme. Depuis les années 1960 et une guerre civile appelée « la Violencia », les deux partis se sont rapprochés politiquement et se sont partagés le pouvoir au sein d’un gouvernement de « Frente nacional ».

Pendant cette période, la Colombie a fait face aux troubles que l’on connaît, guérilla marxiste, milices paramilitaires, guerre liée au trafic de cocaïne… Mais, alors que beaucoup d’autres pays d’Amérique latine ont connu des dictatures d’extrême droite ou des prises de pouvoir ouvertement anti-américaines, le pouvoir central colombien est demeuré un bastion de l’influence de Washington en Amérique du Sud, libérale et capitaliste. C’est la grande constante de l’histoire récente de la Colombie : cette fidélité à la démocratie libérale et au camp américain.


Le partido de la U aura marqué la politique colombienne en faisant éclater le bipartisme traditionnel.

Mais ce bipartisme va voler en éclat en 2002 lorsqu’un membre du parti libéral, Alvaro Uribe, fait défection à son camp puis créé son propre parti, le devenu très célèbre « Partido de la U ». Sa figure a plané au-dessus de la vie politique colombienne depuis lors. Avec sa popularité record et son américanisme assumé, Alvaro Uribe a modifié en profondeur la vie politique colombienne.

En 2002, l’ancien maire de Medellín est élu au premier tour sur le thème de « seguridad democrática », jouant la carte de la fermeté contre les FARC. Sous ses deux mandats consécutifs, le rapprochement avec les Etats-Unis a été public et même mis en avant par Uribe qui par ailleurs a eu des relations pour le moins houleuses avec le voisin vénézuélien. Extrêmement populaire, il est réélu en 2006 puis tente en 2010 un recours constitutionnel pour modifier la constitution afin de briguer un troisième mandat. Le recours ayant toutefois été rejeté par la cour constitutionnelle, il soutient son ancien ministre de la défense, Juan Manuel Santos, qui est élu en 2010.

Economiste formé aux Etats-Unis, on prête à Juan Manuel Santos, comme à beaucoup d’hommes politiques, des relations avec les groupes paramilitaires et son nom a été lié à des scandales quelques années auparavant. Le jour de son élection, il promet d’anéantir les FARC, « avec dureté ». Cependant, son mandat va être marqué du sceau de la conciliation et il aura mis fin, par un cessez-le-feu définitif, à la guerre contre les FARC. Le référendum qui suivra se soldera par un « non » surprise, mais ses efforts lui permettront malgré tout de remporter le prix Nobel de la Paix en 2016.

Le référendum de paix de 2016

C’est ce sujet qui cristallisera la plupart des débats récents. Si vous discutez politique avec des colombiens, soyez prévenus : ce référendum de 2016 est un sujet sensible.

Juan Manuel a voulu placer son mandat sous le signe de la conciliation.

Durant son mandat, Juan Manuel Santos a entamé des négociations de paix auxquelles se sont associées la plupart des partis politiques colombiens, sauf, exception notable, celui de l’ex-Président Alvaro Uribe. Celui-ci s’est en effet éloigné de son ancien parti et a créé le « Centro Democrático » en raison des divergences concernant l’approche de la guerre des FARC. A l’issue de ces négociations, qui débouchaient sur une assez large amnistie accordée aux combattants, Santos a souhaité soumettre cet accord au peuple colombien par référendum. De façon similaire au Brexit ou à l’élection de Donald Trump, les sondages donnaient le « oui » largement devant le « non ». C’est pourtant le « non » qui l’emportera. Ce sont les grands propriétaires terriens, les responsables des églises catholiques et évangéliques (avec des exceptions), et globalement les populations rurales des régions où ont opéré les FARC, qui ont représenté la principale opposition à cet accord. Avec une abstention record, 50,2% des colombiens ont rejeté cet accord,

Les raisons de ce refus sont multiples mais la principale menée par Alvaro Uribe concerne l’amnistie accordée aux guérilleros et la possibilité pour ceux-ci d’intégrer le paysage politique colombien en se présentant à des élections.

2018, année présidentielle

Les dernières élections présidentielles ont eu lieu en mai et en juin 2018 sur fond de grande impopularité du président sortant, Juan Manuel Santos. C’est le candidat du « Centro Democrático », Ivan Duque qui a été élu au second tour pour 4 ans. Issu du parti de droite d’Alvaro Uribe, il prône une politique de fermeté à l’égard des FARC, mais il a toutefois prévenu qu’il ne remettrait pas en cause l’accord de paix conclu par le gouvernement précédent. L’autre grande leçon de cette élection est la progression de la gauche, et son candidat Gustavo Petro, qui est présent au second tour pour la première fois de l’Histoire de la Colombie.

S’il est encore tôt pour dégager des grandes lignes politiques du mandat d’Ivan Duque, il est certain que la présence d’un candidat de gauche dans les grandes villes (Petro a été maire de Bogotá) annonce d’autres modifications dans la vie politique colombienne dans les années à venir, cohérentes avec la maturation inéluctable de son économie.

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Pierre-Marie S

Cofondateur d'El Día Francés, il a vécu son enfance en Amérique latine. Rentré en France pour y faire ses études, il s'est lancé dans l'aventure après un master en droit.

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