Jacques des Grottes, près de 40 ans de vie en Colombie

Dans les années 80, Jacques des Grottes, originaire de Paris et étudiant à l’École Pratique des Hautes Etudes en sciences sociale se rend pour quelques en mois en Amérique latine afin d’effectuer des travaux sur le chamanisme. Il restera finalement près de quatre décennies sur ce continent, et plus précisément en Colombie.

Sur les conseils de Jean Guiart, directeur du Musée de l’Homme, Jacques des Grottes, alors étudiant en thèse, choisit un sujet de recherche sur le chamanisme et les guérisseurs dans la zone de Cusco au Pérou. Pour ses travaux universitaires, il doit alors se rendre dans cette région des Andes. Du Musée de l’Homme, il reçoit un financement et un appareil photo.

Une fois sur place dans la région de Cuzco, Jacques trouve rapidement des contacts locaux et termine son travail. Ayant du temps libre, et même un mois de “vacances” devant lui, il décide de prendre la route vers le nord dans l’idée de rejoindre la mission de Jacques Soustelle au Mexique (les travaux du métro de Mexico avaient permis de découvrir le Templo Mayor, grande pyramide de Tenochtitlan, capitale des Aztèques).

Arrivé en Colombie, Jacques rencontre des argentins et partent ensemble dans un quartier d’Ipiales (petite ville à la frontière colombo-equatorienne). A la tombée de la nuit, ils se font braquer et voler. Jacques y perdra son passeport, son appareil photo, son billet d’avion …

Cet événement n’est pas sans conséquence pour Jacques et le met dans l’embarras. Il a non seulement perdu ses affaires personnelles et ses travaux de recherche, mais également l’appareil photo que le musée français lui avait prêté.

Cet événement lui rappelle une prédiction assez malfaisante qu’un sorcier cubain lui avait faite quelques semaines auparavant. Lors de son séjour au Pérou, il avait résidé dans une maison du quartier de Miraflores. Parmi les co-locataires se trouvait un sorcier. Proposant à Jacques une session gratuite, le fakir latino installe une ambiance particulière et finit par annoncer au jeune français : “Vous ne rentrerez jamais en Europe”.

Suite au vol survenu à Ipiales, Jacques restera alors en Amérique latine (essentiellement en Colombie) pendant presque 10 ans. S’il finit par rentrer en Europe, réfutant la prédiction du sorcier cubain, c’est tout un parcours de vie qui se voit changer.

Pendant cette décennie, Jacques se balade en Colombie, et il travaille à droite et à gauche. Connaissant un peu la photo, il acquiert un appareil et se fait embaucher par le journal de Carthagène, El Universal (dans lequel Grabriel Garcia Marquez travailla). Il y restera près de 4 ans. Il se souvient bien de son travail : “Ce qui les intéressait, c’était les morts de la nuit. Je passais donc le matin à photographier les cadavres à la morgue (aujourd’hui transformé en un hôtel Sofitel) et les trous dans la rue pour dire que la ville était mal entretenue.”

Jacques devient par la suite professeur de français à l’Alliance française de Carthagène. Il enseignera également à l’université locale, dans plusieurs écoles colombiennes et même dans une école d’officiers.

Il essayera de renouer avec l’ethnologie mais c’est très compliqué. C’est donc une nouvelle carrière dans l’enseignement qu’il envisage et passe la formation DELF (diplôme d’étude en langue française). Il songe tout de même au journalisme qui lui a permis de découvrir des choses intéressantes et de voyager en Colombie.

Après sa formation dans l’enseignement, il passe alors 15 ans au lycée français de Bogota. Et ses retours en France sont uniquement pour les vacances.

Une fois sa retraite prise, Jacques s’installe à Envigado (au sud de Medellin) avec son épouse colombienne. Ils avaient un peu marre du climat un peu froid de Bogota et Jacques avait de bons souvenirs de Medellin qu’il avait connu plus jeune.

Ensemble, ils montent en 2017 un restaurant, Chez Alice (du prénom du son épouse). Cuisine fusion franco-caribéenne, le restaurant rencontre un certain succès et les plats préparés par son épouse sont très appréciés (à commercer par Jacques).

Il est localisé à l’adresse suivante : Transversal 33 Sur # 33-53 | Detras De La Bota Del Dia, Envigado

Quelques conclusions sur la Colombie …

Après près de quatre décennies passées en Colombie, on s’en doute bien que Jacques a des histoires à raconter sur ce pays très contrasté et un avis à partager, et surtout du recul, ce que les plus jeunes expatriés n’ont pas.

S’il devait vous parler d’un endroit qu’il apprécie, c’est bien sûr de Carthagène où il a vécu de nombreuses années et d’où vient son épouse. Son attachement pour cette ville est réel et il aime particulièrement sa culture qui influence toute la Colombie. Le côté triste, c’est le contraste sociale et l’essor d’un tourisme de masse.

Il pourrait également vous conter quelques anecdotes. Il se souvient d’une journée plutôt belle pendant laquelle il se baignait avec des amis dans un lac près de Medellin. Ils virent soudainement débarquer trois 4×4 avec des hommes armés. Et c’est celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer le nom en personne qui descendit du véhicule pour se baigner.

S’il devait donner un conseil à un jeune lecteur qui souhaite vivre l’expérience colombienne, il lui dirait d’être prudent et d’être à l’écoute de ce qui se passe. La Colombie peut attirer mais il n’y est pas facile de lancer un commerce (mais pas moins qu’en France…). La restauration, un domaine où les français excellent et s’exportent, est très compliquée. Il faut savoir s’adapter aux goûts locaux et susciter la curiosité des colombiens (ce qui requiert de la motivation).

Pour ce qu’il préfère à la Colombie vis-à-vis de la France, c’est l’attitude de ses habitants, leur décontraction et leur manière relaxe de voir les choses. Mais il ne dénigre pas non plus la France, son pays natal qu’il aime beaucoup (regrettant néanmoins que Paris ne soit plus une ville agréable comme il l’avait connue…).

S’il devait retenir une ou des expériences négatives de la Colombie, c’est bien la période des bombes et la guerre fratricide qui a causé tant de tort à ce pays. Ayant vécu dans les années 80 et 90 en Colombie, il a connu des proches blessés lors de ces événements.

Pour ce qui est de l’expérience positive, il est tenté de dire “la découverte de ce pays”, mais il pense à plein de petites choses positives : des chauffeurs de taxi très honnêtes, des gens serviables …

Partager l'article :
  • 225
    Partages
  • 225
    Partages

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *