La Colombie est-elle encore un pays dangereux ?

Dans l’entourage des français qui voyagent en Colombie, il est courant d’entendre que le pays serait dangereux. Ce préjugé est en partie fondé, mais il faut admettre que la sécurité en Colombie s’est nettement améliorée ces dernières années. Le pays est devenu un paradis touristique et il n’y aucun risque majeur pour ceux qui prennent un minimum de précaution.

Un passé sombre qui s’éloigne

Tout d’abord, il est indispensable de comprendre d’où vient ce préjugé sur la Colombie. Nous le savons, le trafic de drogue et les guerres de cartels ont secoué le pays pendant les décennies 1980 et 1990. Les films et séries qui en parlent et qui dramatisent cette période sont légion et il est certain que la Colombie a vécu des épisodes très violents pendant des années.

L’autre grand danger sécuritaire était lié aux guérillas révolutionnaires. Depuis les années 1960, les populations civiles étaient la cible privilégiée des actions de revendications politiques. La plupart des familles ont été endeuillées par le décès d’au moins un de ces membres du fait de la violence provenant du trafic de drogue ou des guérillas révolutionnaires.

Enfin, pays en voie de développement dans une région politiquement instable, la Colombie voyait fleurir dans ses rues divers crimes et délits qui empoisonnaient le quotidien de ses habitants. Ce préjugé est donc justifié : la Colombie était un pays dangereux.

Mais la situation a changé. Depuis le début des années 2000, il y a eu en Colombie un spectaculaire redressement de l’état économique du pays et avec lui, une meilleure organisation économique, un Etat plus fort. Et cet Etat plus fort a pu s’attaquer aux deux sources d’insécurité à grande échelle.

Un aperçu de l’évolution des zones déconseillées par le Ministère français des affaires étrangères, dans l’ordre 2007, 2013, 2018.

.

Un Etat central de plus en plus fort

L’Etat colombien a reçu un soutien important de gouvernements occidentaux depuis la fin des années 1990. Sous l’impulsion notamment d’une forte aide publique au développement, l’économie colombienne dans son ensemble a littéralement pris son envol avec des taux de croissance très satisfaisants (ainsi, les 7% de croissance en 2007). Pour prendre un autre exemple, le taux de scolarisation du secondaire des colombiens est passé de 64% en 2004 à 78% en 2016. Ou encore, la proportion de la population sous le seuil de pauvreté est passée de 20,11% en 1999 à 4,5% en 2016[1].

Entré dans la modernité, l’Etat colombien joue de plus en plus son rôle et le monde ne s’y trompe pas puisque touristes et investisseurs affluent. La Colombie est d’ailleurs devenue le premier pays d’Amérique du Sud en termes d’investissement étranger par rapport au PIB en 2016 et a battu son record historique de touristes accueillis en 2017, en hausse de 150% depuis 2010.

La guerre contre les cartels en passe d’être gagnée

Alors non, le trafic de drogues n’est pas encore éradiqué en Colombie et son passé pèse encore sur son présent. Mais la guerre contre la drogue qu’a déclaré l’Etat colombien a vu l’ordre gagner du terrain. La Colombie a longtemps été le premier producteur mondial de cocaïne et la demande mondiale de cocaïne est restée stable. Si la tendance est à la baisse, c’est en grande partie le fruit des efforts de la police colombienne. Un rapport de 2012 de l’ONU[2] a illustré cette baisse : Les champs de cocaïne repérés par satellite et désormais systématiquement brûlés par la police ont maigri à vue d’œil avec une baisse de plus de 50% de leur superficie entre 2001 et 2010. Les saisies de drogue ont suivi une évolution prometteuse avec une spectaculaire augmentation au début des années 2000 puis, les effets de cet effort se faisant sentir, ces saisies ont graduellement diminué en nombre.

Si la production reste élevée, l’Etat colombien a réussi à modifier substantiellement la structure du trafic de drogue :  d’une industrie menée par des grands cartels se faisant constamment la guerre et faisant pression sur les pouvoirs publics, nous sommes aujourd’hui passés à une économie de micro-producteurs et vendeurs, harcelés et traqués par la police. La nouvelle structure atomisée des producteurs et trafiquants oblige désormais les acteurs du milieu à nouer des alliances fonctionnelles pour passer tout le circuit de production et de vente : la violence est ainsi beaucoup plus contrôlée.

.


L’armée colombienne a récemment effectué une nouvelle saisie de drogue importante, continuant à nettoyer les restes du trafic dans le pays.

Les guérillas terroristes au plus faible depuis 50 ans

A la suite de grands troubles politiques dans les années d’après-guerre, divers groupes de guérilla d’allégeance communiste ont « pris le maquis » non pas dans l’île de beauté, mais dans la jungle colombienne. S’en est suivi un état de quasi guerre avec des attentats contre les pouvoirs publics par les FARC et l’ELN, auxquels répondaient des groupes paramilitaires, sous un arbitrage chancelant de la police colombienne. Ces conflits dévastateurs auraient fait 220 000 victimes selon le « Centro Nacional de Memoria Histórica » dont 82% de victimes civiles.

En 2006, alors que le mouvement des FARC s’essoufflait, consécutif au triplement des effectifs militaires colombiens et à l’attention de la communauté internationale (souvenons-nous de l’enlèvement d’Ingrid Betancourt), ce sont les milices paramilitaires d’extrême droite qui déposent les armes. Le conflit s’apaise peu à peu, les FARC reculent sur tous les fronts militaires, et en 2012, les négociations de paix débutent aboutissant à un cessez-le-feu.

Pour les colombiens de tous les jours, les FARC ne représentent plus un danger pour leur sécurité comme il l’a été par le passé. Mais le cessez-le-feu n’est plus en vigueur depuis janvier 2018 et quelques attaques ont repris, notamment celles contre l’école de police de Bogotá en janvier 2019 et un niveau de vigilance élevé est demandé dans les zones frontalières avec le Venezuela et le Panama.

Dans l’ensemble, la violence terroriste est aujourd’hui très affaiblie et les chiffres le confirment :il y avait 2263 morts liés à la guérilla en 2002, ils n’étaient plus que 502 en 2006 et 30 seulement en 2016[4]. De même, le nombre de kidnappings en Colombie a drastiquement baissé : une baisse de 92% depuis l’an 2000.

Malgré tout, l’attentat du 17 janvier 2019 à Bogotá, même s’il a frappé l’Etat (une école de police), est un rappel que la situation est encore loin d’être réglée.

.

Une vigilance au quotidien reste de mis

La vie en Colombie n’est pas teintée d’insécurité. Au quotidien, les colombiens ne vivent pas dans la peur, mais la vigilance est nécessaire, plus qu’en Europe et plus encore pour les européens, qui attirent plus l’attention.

Les données statistiques en ce qui concerne la sécurité quotidienne sont plus difficiles à définir et obtenir.

Premier indicateur, les homicides volontaires. En France, on compte en moyenne 1,6 homicide volontaire par an pour 100 000 habitants. En Colombie, ce taux se situe plutôt dans la moyenne haute des pays d’Amérique latine. De presque 70 homicides pour 100 000 habitants en 1995, nous sommes passés à 26,5 en 2015. Ce taux est sensiblement le même qu’au Brésil, mais il reste largement inférieur au Venezuela voisin qui est d’environ 60.

En revanche, malgré cette baisse spectaculaire, ce taux reste assez élevé, il est dû encore aux trafics de stupéfiants et au grand nombre d’armes à feu en circulation dans le pays.

Autre indicateur, ce sont les vols. Même si les bases de données diffèrent, les vols sont fréquents en Colombie. Alors que les rapports policiers font état d’améliorations dans ce domaine, selon la base de données publique Knoema il y aurait 210 vols pour 100 000 habitants, chiffre comparable à celui du Pérou ou de Panama. La Belgique avec 195 vols pour 100 000 habitants est relativement proche de la Colombie, alors que la France se tiendrait derrière avec 162.

La tendance est à la hausse pour les vols et notamment les vols de téléphones portables, ce dont font état régulièrement plusieurs médias colombiens.

Voilà ce que vous pourrez répondre à votre grand-mère la prochaine fois qu’elle s’inquiète de vous voir à la télévision donnant une preuve de vie au fin fond de la forêt tropicale. La Colombie n’est plus un pays à part au niveau sécuritaire. Les problèmes d’insécurité liés à la drogue et au terrorisme sont en voie d’être réglés et il y a fort à parier que l’amélioration constante de la situation économique sera le prochain et ultime moteur de sécurisation de la vie des colombiens et des étrangers en Colombie. En revanche, il est toujours indispensable d’être vigilant, plus vigilant qu’en Europe ou Amérique du Nord, ce à quoi appelle d’ailleurs le Ministère des Affaires étrangères [5]. Évitez les endroits non publics, déserts, ne montrez pas votre téléphone car celui-ci ne tombera pas dans l’œil d’un aveugle si je puis dire, et votre séjour colombien se déroulera aussi bien que celui des dizaines d’européens et nord-américains que nous connaissons.


[1] Statistiques de la Banque Mondiale

[2] http://www.unodc.org/documents/data-and-analysis/WDR2012/WDR_2012_web_small.pdf

[3] https://www.eltiempo.com/archivo/documento/CMS-13218659

[4] Données de la Banque Mondiale

[5] https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/conseils-par-pays-destination/colombie/

Partager l'article :
  • 95
    Partages
  • 95
    Partages

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *