Entre légèreté malvenue et indécence, le bar Medellín Paris

Quelle est la limite de la liberté du commerce ? Plus encore, quelle est la limite de l’indécence ? Le petit plaisir égoïste et superficiel de la jeunesse dorée parisienne justifie-t-il de prendre à la légère des assassinats, des tortures et la misère humaine dans des proportions aussi grandes que celles qu’a connu un pays entier dans les années 1990 ?
Le bar le « Medellín Paris» a ouvert ses portes au mois de novembre dernier sur une des plus chics avenues parisiennes. Il remplace le « Baron », bar très branché où, déjà, les verres portaient les traces de rouge à lèvres à plusieurs centaines d’euros, et qui était fermé depuis quelques années.
Dans le « Medellín Paris », on boit des cocktails « sicario », puis, en rigolant avec ses amis, on allume un cierge à la vierge sur une tombe au nom de Pablo Escobar.
Il est très étonnant que personne ne se soit aperçu de l’énormité de la chose avant l’ouverture : ni les concepteurs, ni leurs amis, leurs proches, ni le propriétaire des murs, ni les techniciens qui ont installé les néons Medellín, ni les clients, ni parmi eux Frédéric Beigbeder qui en a fait la promotion à la radio après avoir visiblement apprécié le sicario. Quel niveau d’inconscience et de mondanité faut-il avoir atteint pour oser bouger ses fesses dans un lieu glorifiant ouvertement des meurtriers et des assassins sans aucun scrupule ? Le tout agité devant des jeunes dépensiers en contrepartie de liasses de billets vulgaires.
Plus encore qu’un lieu éventuellement politique qui ferait l’apologie des cartels de drogue et de Pablo Escobar, le choix d’un bar paraît, par la légèreté qu’il implique, par la mondanité, la culture du paraître, atteindre les limites de l’indécence.
On peut comprendre d’abord les colombiens, notamment les colombiens installés en France, blessés dans leur propre chair par les événements célébrés par ce bar. Une majorité de colombiens a eu dans son entourage une victime des cartels de drogue. C’est ici une question de rapport aux autres, une question de ne pas faire souffrir inutilement des gens.
Mais on peut aussi, d’un point de vue purement français, celui des propriétaires du bar, essayer d’avoir une réflexion sur nous-mêmes. Peut-être que la vulgarité de notre société a atteint des limites, peut-être qu’en se jouant d’abord puis en se nourrissant d’actes que toutes les morales du monde réprouvent : le meurtre de masse, la violence, l’exploitation de la souffrance des autres, on franchit une limite.
Puisqu’en définitive, c’est ça le bar Medellín Paris, c’est, pour les créateurs du concept, se nourrir de meurtres, de la violence. Les propriétaires du bar gagnent de l’argent en marchandisant Pablo Escobar et, au moment de faire leurs courses dans les magasins, c’est avec cet argent qu’ils payent.
Je ne vous conseille pas de choisir le cocktail sicario, on dit qu’il n’a pas seulement mauvais goût mais un arrière-goût de cendre.
Pour faire pression sur le bar, vous pouvez signer la pétition en cliquant ici.
Partager l'article :
  • 50
    Partages
  • 50
    Partages

Une pensée sur “Entre légèreté malvenue et indécence, le bar Medellín Paris

  • Merci !!! Gracias!!!

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *