Afro-colombiens : une histoire en forme de roman

Quiconque connait la culture colombienne sait qu’elle doit beaucoup à un groupe de population minoritaire mais à l’histoire confondue avec celle de la Colombie : la communauté afro-colombienne.

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Les colombiens ne sont pas tous descendants des indigènes ou des espagnols. Une part assez importante de la population colombienne est d’origine africaine (10% en 2018) et cet héritage remonte à l’époque coloniale.

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Une histoire faite de luttes

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La main d’oeuvre indigène s’essoufflant (les maladies et abus des colons faisant leurs œuvres…), des esclaves vendus en Afrique leur ont servi de remplaçants. Plusieurs milliers d’esclaves ont ainsi été déportés pour travailler notamment dans les mines d’or des côtes Caraïbes et surtout Pacifique.

Comme dans toutes les colonies à esclaves, les révoltes furent fréquentes. Ainsi, au début du 17ème siècle, un esclave du nom de Benkos Bioho allait se rendre fameux par sa révolte. Ayant échappé à la vigilance de ses maîtres, il se met à la tête d’une petite troupe de « marrons » (nom donné aux esclaves en fuite) et tente de fuir vers les montagnes autour de la ville de Tolu, près de la côte caribéenne. Après avoir mis en déroute la petite troupe espagnole lancée à ses trousses, Benkos Bioho et ses compagnons parviennent à se cacher dans les « Montes de Maria ».

Statue de Benkos Biohó sur la place principale de Palenque de San Basilio.

Après d’autres escarmouches qui tournent toutes à l’avantage du spartacus colombien, Benkos Bioho parvient à conclure un traité de paix et prend le titre de roi sur les terres que les espagnols lui ont concédé. Cet épisode s’est répété dans d’autres parties du pays et les esclaves en fuite ou rachetés se sont regroupés en palenques à travers la Vice-Royauté. Le tout nouveau roi des palenques avait le droit de s’habiller à la mode espagnole et de déambuler dans les villes coloniales.

Lorsque Benkos Bioho s’est enfui dans les montagnes, il a créé le premier palenque de San Basilio (dont l’équivalent au Brésil est le quilombo). Le palenque est initialement un village fortifié situé en zone rurale qui servait de cachette et de lieu de vie aux esclaves en fuite. Beaucoup d’afro-colombiens ont leurs racines familiales dans des palenques. Le palenque de San Basilio est encore aujourd’hui le lieu d’habitation de 3500 personnes et a été reconnu en 2008 comme faisant partie du patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO. Le village a gardé des traditions africaines et afro-colombiennes comme des danses ou la musique palenquera.

Malheureusement, le gouverneur espagnol ayant conclu cet accord avec Bioho a été remplacé par un gouverneur beaucoup moins complaisant. Ce dernier viole l’accord de paix et les hostilités reprennent. Arguant de l’arrogance de Benkos Bioho, les espagnols le capturent 15 ans après la conclusion de l’accord de paix. Il sera mis à mort par écartèlement en 1621. Le capitaine espagnol ayant ordonné sa mise à mort avait justifié son acte en agitant le spectre de la révolte de tous les esclaves noirs et par la popularité grandissante, au sein de l’ensemble de la population, de Benkos Bioho.

Pour les décennies à venir, d’autres habitants du palenque se sont levé pour défendre leur liberté et jamais celui-ci ne sera neutralisé par les espagnols. Environ 600 marrons vivaient donc en liberté dans le palenque San Basilio durant le 18ème siècle.

Pendant la guerre d’indépendance colombienne, les esclaves sont appelés à combattre par les indépendantistes et de nombreux afro-colombiens prendront les armes. Le cas le plus emblématique est celui de l’Amiral José Prudencio Padilla, né d’un père noir et d’une mère indigène, et plus tard reconnu du titre fameux de « Libertador ». C’est ainsi que Simon Bolivar rend leur liberté à ceux qui ont combattu dans ses rangs.

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Une répartition géographique inégale

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Aujourd’hui, la population afro-colombienne est marquée par sa répartition géographique particulière, liée à ces circonstances historiques.

Durant la période de l’esclavage, la liberté de mouvement des populations noires était très restreinte, d’abord du fait de leur servitude. Si quelques milliers de ceux-ci ont pu s’enfuir ou racheter leur liberté et rejoindre des palenques, la grande majorité n’a pas eu cette chance et a dû attendre l’abolition totale de l’esclavage en Colombie en 1851.

La population afro-colombien se regroupe notamment sur les lieux de son ancienne servitude et notamment la côte Pacifique.

La majorité des anciens esclaves colombiens est restée sur les lieux de son esclavage une fois libérée, donc sur une zone concentrée sur les côtes, près des anciennes mines. Ainsi, le département avec le plus grand nombre d’afro-colombiens est le département de Choco, sur la côte Pacifique, un département particulièrement excentré. Il y a également de fortes populations noires à Cali et à Carthagène où le quart des habitants se déclare afro-colombien.

Aujourd’hui, malgré cette situation périphérique, il n’est pas rare de voir des afro-colombiens dans la musique, la danse et la culture en général. Le groupe Fruko y sus Tesos, très célèbre aux Etats-Unis a compté plusieurs membres noirs, tout comme le Grupo Niche. Plusieurs danses comme la cumbia, danse nationale issue des mélanges des cultures, doivent leur paternité à la culture africaine. Le sport colombien est également représenté par beaucoup de ses ressortissants d’origine africaine. A l’inverse, on notera qu’il y a très peu d’hommes politiques noirs (malgré un président de la République au 19ème siècle).

L’histoire des afro-colombiens est une histoire atypique et, dans un certain sens, très romanesque. Combat d’une population pour sa liberté la plus élémentaire, la libération des colombiens d’origine africaine a attiré sur eux une gloire certaine. A l’image de sa figure historique, Benkos Bioho mérite bien le titre de « héros » pour sa vie hors du commun, s’étant battu pour sa communauté, contre l’asservissement. Et c’est sans peine que l’on peut déclarer que près de 500 ans après leur arrivée, les afro-colombiens ont posé leur empreinte sur la Colombie et sa culture dont ils sont aujourd’hui inséparables.

La sélection nationale, ô combien populaire en Colombie, possède dans ses rangs plusieurs joueurs de niveau mondial d’origine afro-colombienne.
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